« Du rêve que fut ma vie »: Camille sculpte la matière, les mots, la lumière

Passé par Paris à l’occasion de la seconde édition du Pyka Puppet Estival, le spectacle Du rêve que fut ma vie de la Cie Les Anges Au Plafond reprend la route en ce début de saison en commençant par Thonon-les-Bains. 50 minutes pour un théâtre inventif et intimiste, suspendu entre grâce et gravité, ombres et lumières, pour raconter la vie et la passion de l’artiste Camille Claudel. Une partition charnelle admirablement parcourue par les deux interprètes, comédienne et contrebassiste.

Du Rêve que fût ma vie / Les Anges au Plafond / Chateauroux / Mars 2014
Du Rêve que fût ma vie / Les Anges au Plafond / Chateauroux / Mars 2014
Du Rêve que fût ma vie / Les Anges au Plafond / Chateauroux / Mars 2014

Au début sont des mots. Des mots, d’abord, couchés sur du papier, le papier des lettres, des mots d’encre, des mots pour les yeux. Puis viennent les sons, les mots lus, les mots pour les oreilles, les mots articulés, les mots criés, et les vibrations d’une contrebasse. Ces mots sont ceux de Camille Claudel, des mots touchants ou révoltés, qui disent la souffrance d’aimer et la souffrance de créer, ces mots sont ceux des correspondances de la sculptrice, qui forment le texte de cette pièce.

Sur scène, partout, évidemment, parce que c’est la marque de fabrique des Anges, le papier. Le papier qui cache et le papier qui dévoile, le papier qui bruisse et le papier qui froisse, le papier qui se plie et se moule, ou qui se déchire et se multiplie. Camille Trouvé et Brice Berthoud, les deux magiciens qui modèlent les spectacles des Anges, se sont visiblement amusés à explorer toutes les potentialités du papier-objet, usant de toutes les façons possibles de leur matériau fétiche, et ne s’interdisant qu’une chose, qui a pourtant fait leur réputation: lui donner la forme d’une marionnette. Étrange pari, que celui de dire la vie d’une femme dont les mains sculptaient la pierre à l’aide d’une matière si malléable et si fragile. Osé, de se risquer raconter l’histoire d’une passion dévorante avec une matière si facilement inflammable…

Ce n’est donc pas un théâtre de marionnettes qui s’incarne sur scène, encore que la silhouette moulée de l’imposant Auguste s’en approche malicieusement. Du Rêve que fut ma vie est rétif à rentrer dans les cases. C’est un peu un théâtre d’ombres. Ce n’est pas tout à fait un théâtre d’objet. C’est presque de la sculpture. C’est un théâtre de chair et de papier, de sons et de lumière, c’est un peu inclassable, c’est uni par un souffle qui traverse la pièce de bout en bout. Tout est matière, tout vibre, et il n’est rien, pas même la musique, qui ne s’anime dans la lumière qui joue sur les transparences, il n’est rien, pas même et surtout pas le papier, qui ne soit sonore et ne se donne à entendre. Tout est intensité et tout est rythme, dans une volupté des sens qui frôle la synesthésie.

Au milieu de ce foisonnement de matières et de bruissements, Camille Trouvé déploie son talent de manipulatrice, avec inventivité et liberté. Surtout, elle trouve dans la nécessité de porter seule ce monologue vertigineux et de faire exister tous les êtres absents qui hantent Camille, l’occasion de démontrer avec force ses talents de comédienne, investissant l’espace du plateau d’une présence intense, réussissant aussi bien à se couler, sensuelle, dans les ombres, qu’à jaillir en pleine lumière, la flamme de la folie au front, quand la femme géniale et injustement méconnue qu’elle incarne se consume au fond de l’asile où on l’a reléguée. Ses cris de rage percent autant que ses cris de désespoir déchirent.

Il n’est de bon spectacle que celui qui nous empoigne le cœur et les tripes, et qui faire courir des frissons le long de l’échine. Du Rêve que fut ma vie est de ceux-là.

Il n’est de grand spectacle que celui qui nous donne également à penser, qui nous réduit à notre plus simple humanité pour nous élever ensuite, et pour nous faire souvenir, au-delà des voiles qui nous la cachent, de notre humaine condition. Du Rêve que fut ma vie est de ceux-là également.

A voir, pour tous les amateurs de spectacle vivant, pour commencer du 27 au 30 septembre à la Maison des Arts du Léman de Thonon-les-Bains (74), puis un peu partout en France et au-delà.

 

Compagnie les Anges au Plafond
Une histoire de Camille Trouvé et Brice Berthoud
Jeu et manipulation : Camille Trouvé
Musique : Fanny Lasfargues
Scénographie et Mise en page: Brice Berthoud assisté de Johanna Coutancier avec la collaboration de Saskia Berthoud
Costumes: Séverine Thiébault
Aide à la construction: Magali Rousseau
Régie et lumières: Marina Gabillaud-Lamy

Visuels: © Vincent Muteau

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Mathieu Dochtermann

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« Five Kings » : une épopée shakespearienne, québécoise et ouverte aux Francophonies en Limousin

Five Kings, l’Histoire de notre chute. Un spectacle riche en thématiques, en souffle, en talents et en moments brillants, dans lequel une équipe québécoise nous a donné à voir et à entendre la matière shakespearienne, afin de la laisser au final parler d’aujourd’hui.

Note de la rédaction :

Five Kings Francophonies Limousin 2016
Five Kings 2

Voilà quelques temps que les rois britanniques des XIVe et XVe siècles, peints par William Shakespeare dans un cycle de grandes et belles pièces, squattent les scènes francophones. Qu’on se rappelle d’Henry VI, le monument de onze heures et demie – sans compter les entractes – monté par Thomas Jolly, puis de sa suite directe, Le Roi Richard III, ré-interprétée récemment par Jean Lambert-wild, Thomas Ostermeier et le même Thomas Jolly. Five Kings, spectacle imaginé par une équipe québécoise et dirigé par Frédéric Dubois, prend le parti, lui, d’empoigner ces destinées royales un peu tragiques, et de donner à entendre, de façon ouverte, leur contenu politique. Un peu à la façon d’Ivo van Hove, et de son travail récent titré Kings of War… Le départ est donné : quatre heures durant – pauses non comprises – cinq souverains vont donc régner, sous nos yeux. Le roi Richard II, Henry IV d’Angleterre, Henry V, Henry VI, et le roi Richard III : une suite fatidique, emplie d’éléments qui peuvent parler de nos temps à nous.

D’emblée, la sobriété de la mise va frapper : la destinée du roi Richard II va se dérouler d’une traite, sans aucune fioriture, incarnée par une dizaine de comédiens en costumes du XXe siècle alignés face à nous, sur une estrade. Le fond sera nu, les projecteurs cachés par aucune tenture. Le jeu sera expressif, ouvertement incarné. Les scènes, elles, resteront dénuées de références directes à une époque précise, ou à un contexte : l’auteur de la partition verbale, Olivier Kemeid, ayant décidé de privilégier les actes politiques, et de négliger, par exemple, les batailles. Choix judicieux : très vite, les mécanismes apparaissent. On peut donc juger les manœuvres qui nous sont présentées. On aperçoit les ombres des dangers qui guettent, suggérés, esquissés. On comprend les motivations de chacun, telle cette envie du roi Richard II (Christian Roy, impérial) de voir s’instaurer une paix définitive en un temps où les querelles de domaines et les envies d’émancipation de « rebelles » règnent, et le point de vue de son adversaire et cousin exilé, Henry Lancaster – futur Henry IV d’Angleterre – qui déplore que « Richard n’essaye pas de comprendre les différends, mais les étouffe ». Et on ressent, de surcroît, la machine shakespearienne à l’oeuvre, car les interprètes sont brillants, et nous entraînent.

Toute la première partie, celle du roi Richard II, va constituer une réussite totale : la scène où sera décidée la spoliation de la famille Lancaster au profit de l’Etat, puis le moment où le souverain devra renoncer, en public, à son trône, seront de grands passages, ouverts à toutes les analyses et tous les ressentis. On se passionnera ensuite pour le bras de fer entre un second monarque, Henry IV d’Angleterre donc (Olivier Coyette, brillamment inquiet), et le fils, joué avec une force folle par Gauthier Jansen, d’un de ses alliés, Northumberland (Hugues Frenette, tout en tension débonnaire), ulcéré par l’absence de reconnaissance en monnaie du roi vis-à-vis de ses faits guerriers. Trame shakespearienne oblige, on croisera le tout jeune dauphin, futur Henry V, et son compère de beuverie, le célèbre John Falstaff (Jean-Marc Dalpé, très incarné et très juste). Mais encore une fois, rien de trop illustratif n’adviendra dans leurs scènes : un micro-décor de bar suffira pour suggérer le contexte, présenté sans datation, d’une manière ouverte à la réflexion. On sera heureux de rencontrer aussi l’homme de loi Shallow, qui nous offrira un touchant moment de comédie musicale… Puis s’avancera notre troisième aventurier du pouvoir : Henry V (Alex Bergeron, vibrant). Le jeune homme débauché fera place à un cœur endurci, répudiant son ancienne connaissance Falstaff avec force. Dans cette scène, on sentira toute son envie d’empoigner la politique… Et on vibrera bientôt pour le duel, résolu par un mariage et des sacrifices, entre ce roi et la famille Amazia, des « rebelles du désert ». Histoire totalement inventée ?… On aura un doute, tout de même. Cet ajout s’insérera de façon intelligente, faisant référence à aujourd’hui. Un protagoniste, Maryam Amazia (Isabelle Roy, puissante), commencera aussi à se dessiner : dérivée de la reine Marguerite d’Anjou, épouse du quatrième dirigeant du cycle, le futur roi Henry VI, elle aura le même destin, celui d’une femme forte, plus apte à diriger les affaires que son mari.

La partie d’Henry VI, donc, sera hélas la moins réussie, malgré l’interprétation très sensible de Simon Lacroix, qu’on aura tout de même préféré au début, en conseiller alerte et inquiet : trop de musique menaçante, trop de caractères tirés à gros traits – les trois frères Édouard, Georges et Richard York, futur roi Richard III, seront un peu caricaturaux – trop de passages… illustratifs, en fait. Cet acte-là tombera un peu dans un écueil, bien évité jusque-là : le tragique trop souligné. Pourtant, les affaires politiques continueront : on sentira le pouvoir paralysé par le face-à-face entre Henry VI, monarque faible, et les York, descendants du roi Richard II désireux de recouvrer leurs droits ; on aimera la mise au centre du récit de Cécile, mère des frères Édouard, Richard et consorts, entrée en politique, puis écartée, puis revancharde… On en passera par deux assassinats de jeunes hommes, tous deux joués par le discret et habité Vlace Samar… Et on en arrivera ainsi à notre cinquième figure monarchique, le célèbre roi Richard III (Patrice Dubois, très naturel, tant mieux). Chance : le spectacle nous fera suivre, surtout… sa campagne pour accéder au trône. Plus intéressante ici que ses scènes intimes – portées tout de même par les énergiques Marilyn Castonguay et Park Krausen – parmi lesquelles celle de la séduction de Lady Anne devant un cercueil, ultra difficile à réussir. Les caresses de Richard prodiguées aux organismes sociaux, ses médisances, ses vidéos promotionnelles, intelligentes et chorégraphiées, ses malhonnêtetés et ses crimes… Pour l’occasion, la mise en scène se fera plus exubérante et sarcastique, et nous mènera vers un dénouement original, assuré de manière ambiguë par Louise Laprade.

Entreprise vaste, ambitieuse, pleine de talent, d’intelligence, d’ouverture et de moments marquants – qui nécessite peut-être juste deux trois connaissances shakespeariennes – Five Kings, l’Histoire de notre chute, accueilli pour deux représentations aux Francophonies en Limousin 2016, a constitué l’un des moments forts du festival. Un mélange de rois britanniques anciens, de récits épiques splendides, de langue française brillante et déployée dans toute sa force, d’histoires politiques éternelles, et de théâtre, très actuel et porté par des talents éclatants. Des ingrédients à la fois générateurs de souffle, et aptes à nous laisser faire notre propre cuisine, en secret. Ou tous ensemble…

Five Kings – L’Histoire de notre chute from Théâtre PÀP on Vimeo.

Five Kings, l’Histoire de notre chute. Texte écrit par Olivier Kemeid, d’après les pièces de William Shakespeare. Mise en scène : Frédéric Dubois. Avec les treize comédiens cités. Environnement scénique et Eclairages : Martin Labrecque. Costumes + Complicité artistique : Romain Fabre. Maquillages et Perruques : Sylvie Rolland Provost. Accessoires : Fanny Denault. Direction technique : Simon Cloutier et Julie-Anne Parenteau-Comfort. Vidéo : Silent Partners. Musique : Nicolas Basque et Philippe Brault. Complicité artistique : Olivier Coyette, Brigitte Haentjens, Catherine La Frenière, Claude Poissant. Direction artistique : Patrice Dubois. Durée (entractes non compris) : 4h. Temps de présence nécessaire : 4h30.

Visuel : © Claude Gagnon / Théâtre PAP / Théâtre des Fonds de Tiroirs / Trois Tristes Tigres

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Geoffrey Nabavian

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Vania à table et bien vivant

C’est de part et d’autre d’une longue table en bois clair que la metteure en scène Julie Deliquet convie acteurs et spectateurs au Vieux-Colombier de la Comédie-Française pour une revisite contemporaine, pleine de vie et d’émotions, du Vania de Tchekhov.

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Si Julie Deliquet fait une infidélité passagère à son collectif In vitro créé en 2009 pour travailler avec la prestigieuse troupe du Français, elle ne perd rien de ce qui fait la belle vitalité de son travail basé sur l’écriture collective et l’observation sensible du temps présent.

Dans son adaptation d’Oncle Vania, elle appréhende toutes les subtiles variations de la vie tchekhovienne, si lente et étale en apparence, son climat lourd et léger à la fois, empreint de nostalgie, de désenchantement, nourri de nombre de contrariétés sentimentales, de désirs ardents, de blessures anciennes, d’amertume grinçante. Isolés à la campagne, tous noient leurs remords, leurs regrets, leurs rancœurs dans la vodka, la conversation et l’inertie.

La salle du théâtre entièrement réaménagée et éclairée fait une maisonnée accueillante, chaleureuse, malgré quelques signes de rusticité. Le dispositif bi-frontal simple et efficace est une constante de la scène actuelle si l’on se remémore les dernières productions de Sylvain Creuzevault, des Chiens de Navarre, des Possédés et d’autres, mais il se prête formidablement bien aux discussions enflammées, aux règlements de compte explosifs, aux révélations intimes, au risque de voir chaises et vaisselles envoyées valser.

Ainsi, on entend admirablement bien Tchekhov dans cette nouvelle version enlevée, enjouée, enfiévrée de la pièce qui restitue une riche palette de sentiments avec un naturel et une vérité inouïs. Le neurasthénique et poignant Vania de Laurent Stocker, à vif, rappelle le frère que l’acteur jouait dans Juste la fin du monde de Lagarce (un de ses meilleurs rôles), capable d’une douceur poignante et d’accès de colère à faire peur. Ses rivaux sont campés par Hervé Pierre, génial en professeur hippie et gourmand, pédant admirateur du cinéma de Carl Theodor Dreyer, jouisseur satisfait, aux attitudes bonhommes et péremptoires d’un homme érudit qui se repose sur sa gloire passée, et par Stéphane Varupenne, à la séduction simple et nonchalante mais aux convictions bien déterminées. Tous trois aime la même femme, Elena, interprétée par Florence Viala, sublime, triste et gaie, toute pimpante et pleine d’abnégation. La Sonia d’Anna Cervinka est déchirante dans son mal être. Dominique blanc fait une douce et irrésistible aînée.

En montant aussi bien Brecht et Lagarce que ses propres textes, Julie Deliquet n’a de cesse d’interroger la transmission familiale et l’héritage intergénérationnel. Les utopies comme les désillusions de Tchekhov sont devenues les siennes et les nôtres. Il n’y a qu’à entendre le discours écologique proféré par le médecin pour s’en persuader. L’homme doté d’une capacité créatrice folle ne fait qu’enlaidir et détruire son environnement jusqu’à faire disparaître toutes traces de pureté prévenait le dramaturge visionnaire. Julie Deliquet s’est emparé d’Oncle Vania de Tchekhov avec évidence et nous le rend plus intime et familier que jamais.

« Vania » © Simon Gosselin collection Comédie-Française

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Christophe Candoni

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« Les Vagues » de Virginia Woolf dans une magnifique et inspirée adaptation théâtrale.

Six amis sont réunis pour un repas autour de l’absence de Perceval. Leurs voix recomposent le récit de leur propre biographie, de l’enfance à l’âge mûr. Ces monologues intérieurs dont les motifs et les courbes se succèdent et s’entrecroisent, composent la variation continue des Vagues.

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Perceval est-il mort déjà ou est-il encore vivant en route pour les Indes où il mourra, peu importe à nos six amis si Perceval est déjà mort ou pas. Car le texte de Virginia Woolf parle d’un déjà là. Du deuil aussi bien sûr.

Les six amis sont réunis autour d’une table entre nature morte et décor bucolique, entre nature bourgeonnante et feuille arrachée condamnée à faner, entre vin vieux et relief de repas fini depuis déjà longtemps. L’ensemble de la scénographie s’axe autour de cette table de fête et de cérémonie d’une cérémonie religieuse où chacun à son tour louera le mort et la vie, dans une homélie et une bénédiction.

Le roman très singulier de Virginia Woolf désarçonna la critique lors de sa parution ; elle inaugurait son style le plus personnel, le plus lyrique, un style tendre et triste, un style élégiaque et mystérieux. Le roman alterne du narratif et du poétique, de l’aveu intime avec de la nature décrite telle qu’elle décrit par retour comme poésie et comme muse de l’écrivaine et le présent et le passé dans une description hors temps.

Le génie de l’adaptation de Pascale Nandillon et de Fréderic Tétart consiste à l’emploi de vidéo en direct, captation opérée durant la représentation par Tétart lui-même et projetée fond de scène. Très loin du ratage des Damnés de Ivo Van Hove, la vidéo s’inclut dans l’exploit dramatique comme une autre voix, un autre propos, un discours différent, un septième ami. Si la tache semblait redoutablement dangereuse de s’attaquer à l’adaptation du roman ardu de Virgina Woolf, le talent des comédiens, et les choix de mise en scène (pénombre,cadres pliant et dépliant l’espace, vidéo) embrassent l’ambition avec succès. Nous sommes au plus près de la pensée de l’écrivaine, de son combat contre le temps qui passe et contre l’angoisse qui est déjà là. Cette inquiétude de l’auteure comprime l’espace et le temps tandis que le texte ouvre sans cesse au sein d’une extraterritorialité sacrément jubilatoire. Hors champ la respiration régulière et sereine des vagues, pendules du monde.

Une pièce précieuse, à découvrir avant de lire ou de relire Virginia Woolf.

 

Une création de l’Atelier hors champ Adaptation du roman de Virginia Woolf Traduction Marguerite Yourcenar Conception et réalisation Pascale Nandillon et Frédéric Tétart Avec Serge Cartellier, Nouche Jouglet-Marcus, Jean-Benoit L’Héritier, Aliénor de Mezamat, Sophie Pernette, Nicolas Thevenot

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David Rofé-Sarfati

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« Le silence de Molière » est bien bavard au théâtre de la Tempête à Paris jusqu’au 16 octobre 2016 puis en tournée en France !

Jusqu’au 16 octobre 2016 au théâtre de la tempête à Paris, la fille de Molière sort de son silence pour nous livrer sa vision du monde cruel du théâtre qui l’a privé de son père et de son enfance. Mais après tant d’années de mutisme, saura-t-elle renouer contact avec autrui ?

Silence Moliere affiche
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L’écrivain, essayiste et historien de l’art italien Giovanni Macchia (1912-2001) a toujours été fasciné par la fille unique de Molière, Esprit-Madeleine Poquelin (1665-1723). Fruit de l’union de son père avec l’actrice Armande Béjart de 20 ans sa cadette, elle apprend dès sa plus tendre enfance des choses infamantes, vraies ou fausses, sur ses parents. Plutôt que de démentir toutes ces calomnies, elle choisit de se murer dans le silence.

Madeleine est par conséquent une énigme. Sa vie mystérieuse constitue un « terreau » très riche pour nourrir une fiction. L’une des rares choses dont nous soyons sûrs est qu’elle a voulu fuir la scène, le théâtre, le bruit et la médisance pour vivre recluse dans le silence d’un couvent.

Mais fervent admirateur de Molière, Giovanni Macchia n’a pu se satisfaire de ce silence. Il a donc imaginé une rencontre fictive dans laquelle Esprit-Madeleine Poquelin se donne en spectacle et se livre comme jamais.

Pour la sortir de sa torpeur et briser son armure de silence, un jeune homme, un insolent, un indiscret, un amoureux de Molière, vient briser sa retraite. Il a des airs de petit garçon qui n’admet pas qu’on lui résiste. Il ne peut pas non plus accepter que l’on se détourne de la réalité telle qu’il la conçoit. Intransigeant, parfois un peu sec, il brusque Madeleine pour qu’elle lui dévoile tout ce qu’elle sait sur la vie de l’homme qu’il idolâtre.

Alors il écoute comme un petit enfant l’histoire douloureuse de cette pauvre âme.

Le récit souffre de quelques longueurs. Tout repose sur le texte, qui est déclamé presque comme un monologue. L’homme qui donne la réplique à la fille de Molière ne lui sert en effet que de faire-valoir. Mais le jeu de ces deux acteurs ne repose pas seulement sur la parole, il se joue aussi dans leur silence, leur jeu de cache-cache et le ballet des ombres et des lumières.

La pièce repose et est essentiellement portée par Ariane Ascaride. Elle interprète avec justesse, finesse et délicatesse l’âme tourmentée d’Esprit-Madeleine Poquelin, cette femme qui a décidé de se murer dans le « silence, cette sereine absence de bonheur », cette « spectatrice qui regarde les choses de loin et qui n’arrive pas à vivre sa propre vie ». Tout de blanc vêtue, elle porte une longue tresse rousse. Son visage est aussi expressif que celui d’une enfant et sa voix… Sa voix est capable de jouer toute une gamme d’émotion et parvient aisément à nous émouvoir. Tantôt animée d’une gaieté enfantine, elle se renferme aussitôt pour devenir froide, cassante, amère quand elle se remémore son passé douloureux, quand elle pense au théâtre comique qui lui a volé son père et qui s’est montré ignoble et cruel envers sa famille…

Ce repli sur elle-même transparaît dans le décor épuré. Ce dernier évoque l’austérité des cellules du couvent dans lequel Esprit s’est retirée du monde et tranche avec celui du monde du théâtre auquel appartenait son défunt père. Les murs blancs sont aussi là pour rappeler la maison familiale. Ces murs sont percés sur le côté gauche par une porte et, en leur centre, par une fenêtre ovale à travers laquelle on perçoit une autre fenêtre à croisée de bois cette fois-ci rectangulaire. Ce jeu de trompe-l’œil renvoie à ceux peints sur le château d’eau de son enfance. L’espace compris entre ces deux fenêtres matérialise le silence qui entoure Madeleine et qui la coupe du monde extérieur.

Ce silence parfois pesant est souligné par la bise qui souffle en continue sur les vestiges du passé d’Esprit-Madeleine Poquelin et de son père, père, dont la voix immortelle se rappelle à nous via un vieux transistor poser à même le sol de la scène. On entend ça et là quelques sons de cloche qui situent la scène dans un édifice religieux.

Dans un dernier soubresaut, Madeleine quitte ses habits et met un terme au rôle de sa vie. Si vous souhaitez découvrir la fille de Molière incarnée avec maestria par Ariane Ascaride, rendez-vous au théâtre de la Tempête. Mais pour bien profiter de cette pièce, n’en perdez pas une miette !

Informations pratiques :

Titre : « Le silence de Molière »

Texte : Giovanni Macchia

Traduction : Jean-paul Manganaro et Camille Dumoulie

Distribution : Ariane Ascaride dans le rôle d’Esprit-Madeleine Poquelin, Loïc Mobihan dans celui de l’admirateur de Molière, avec la voix de Michel Bouquet

Mise en scène : Marc Paquien

Décor : Gérard Didier

Lumières : Dominique Bruguière

Costumes : Claire Risterucci

Musique et son : Xavier Jacquot

Coiffures et maquillage : Cécile Kretschmar

Collaboration artistique : Martine Spangaro

Régie générale et lumières : Pierre Gaillardot

Régie son : Patrice Fessel

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Magali Sautreuil

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Les Francophonies en Limousin : « frénétique parade de mots et de corps lancés à toute allure contre la morosité ambiante »

Le Festival Les Francophonies en Limousin se tiendra du 21 septembre au 1er octobre à Limoges.

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« Cette édition, frénétique parade de mots et de corps lancés à toute allure contre la morosité ambiante, partira des points chauds de la francophonie artistique : de Brazzaville aux Territoires du Nord canadien, en passant par la Belgique, la Suisse, le Togo, et Haïti. Tout au long de ces onze jours, nous convions le public à suivre les figures incandescentes d’humains fiers d’affronter leurs destins et à découvrir qu’on peut lancer cris de joie et cris de rage à la face des circonstances : pour peu que le talent s’en mêle, le partage avec le public sera à la hauteur de l’ambition …

Au cœur de cette édition, battra le cœur de Port-au-Prince : car cette année nous recevons le festival des Quatre Chemins d’Haïti. Guy Régis Jr arrive à Limoges avec une pléiade d’artistes.

Le festival ne saurait se contenter de partager une langue, il appelle au partage de la pensée, lorsqu’elle est meurtrie, pourchassée. Waël Kaddour, Sana Yazigi, Hassan Abd-Alrahman ne vivent plus chez eux, en Syrie. Ils seront nos invités pour mieux faire entendre les voix qui jaillissent des geôles et des ruines. Ce sont paroles de vie et de résistance que nous entendrons.

Les Francophonies, caisse de résonance ? Enquête sur le monde ? Peut-être un creuset où se retrouvent en fusion les pratiques artistiques contemporaines, les talents émergents de l’écriture pour la scène…  La mise en œuvre, des tensions qui parcourent le monde contemporain ».

Marie-Agnès Sevestre

(Article partenaire)

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admin

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LORENZO MALAGUERRA & JEAN LAMBERT-WILD NOUS LIVRENT LE sixième CARNET DE BORD DE LEUR CREATION « ROBERTO ZUCCO » EN CORÉE

Pendant plusieurs semaines, le directeur du Théâtre du Crochetan Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild, le directeur du théâtre de l’Union – Centre Dramatique National du Limousin, nous font l’amitié de partager avec nous les carnets de bord de leur prochaine création, Roberto Zucco qui aura lieu en septembre, en Corée au Myeongdong Theater avec la troupe de la Compagnie National de Théâtre de Corée (NTCK).

Sixième volet: Le lieu du cataclysme par Romain Fohr venu quelques jours à Séoul pour découvrir cette création

ROBERTO ZUCCO
ROBERTO ZUCCO
ROBERTO ZUCCO
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ROBERTO ZUCCO
ROBERTO ZUCCO
ROBERTO ZUCCO
ROBERTO ZUCCO

 

Le dispositif scénographique est désormais sur le plateau du Myeongdong Theater.

Au mi-temps du plateau, les techniciens ont installé le dispositif de Jean Lambert-wild pour Roberto Zucco dont la première aura lieu le 23 septembre pour l’ouverture de saison du théâtre sud-coréen.

Ce qui fixe le regard dès les premières secondes de la répétition est la référence implicite à la scénographie du russe Vsevolod Meyerhold pour le Révizor de Nicolas Gogol présenté au théâtre d’art de Moscou en 1928.

Matthias Langhoff, maître de Lambert-wild dans les années 90, n’a-t-il pas mis en scène cette pièce dans une scénographie remarquable de Jean-Marc Stélhé à cette époque ?

Associé à cette paroi sombre de trois mètres de haut, un cyclorama gris clos l’espace du regard au lointain tandis que l’avant-scène est recouverte de morceaux de papiers noirs qui s’amoncellent, strates millénaires de poussières volcaniques ou de neige nucléaire.

Le fantôme du Vésuve entre en irruption juste avant que Roberto Zucco ne tue ses différentes victimes. Une pluie de cendre s’abat sur la ville, sorte de phénomène climatique annonciateur des crimes à venir. Est-ce un signe des dieux ?

Mais l’objet qui structure la scénographie en arc de cercle est surtout la structure pariétale noire et lardée de larges traces de griffures. Les personnages d’Edward aux mains d’argent (réalisé par Tim Burton) et Freddy Krueger (dans le film de Wes Craven) en sont peut-être les auteurs suite à des gestes maladroits ou des poursuites macabres.

Au milieu d’un no man’s land, un mur incurvé de portes s’arrondit vers la salle. Il ne dépasse pas le manteau d’Arlequin. Point de scènes circulaires, comme nous l’avions vu dans un précédent ouvrage avec Jean Lambert-wild, mais une paroi concave de portes où le spectateur ne distingue plus l’intérieur de l’extérieur, le dedans du dehors, le réel du mental.

Tour à tour, le spectateur y voit une porte de cellules de prison, de chambre, du métro, de cuisine, de frigo, de cabine téléphonique, de panneaux publicitaires, de commissariat, dans une ruelle du Petit Chicago, …

Le concepteur scénographe fait le choix de sept portes ce qui donnent des indices quant aux choix dramaturgiques de cette mise en scène.

En effet, les sept portes font écho au texte antique Les sept contre Thèbes d’Eschyle. La pièce y retrace la guerre de sept chefs qui, après la mort d’Oedipe, souhaitent prendre le pouvoir de sa ville : Thèbes. Cette cité est un exemple pour la construction des théâtres de l’Antiquité. Quinze siècles plus tard, le scénographe de la renaissance italienne Palladio l’avait aussi prise comme exemple pour la structure des portes et des ruelles antiques dans son théâtre de Vicence, près de Venise.

Eschyle retrace l’épisode de chefs thébains et argiens qui veulent prendre la ville par une des sept portes de la cité. Étéocle, fils d’Oedipe, choisit de garder la septième malgré les prévisions d’Oedipe qui le met en garde de sa propre mort des mains de son frère Polynice. En gardant la septième porte, il subira son destin.

Dans ce décor, Zucco navigue en sachant qu’il court à sa perte comme Étéocle avant lui. Il est dans une fuite en avant. Il accepte son dernier combat en ouvrant les différentes portes qui ceignent l’orchestra.

Le dispositif antique grec donne une classification très précise du rôle des portes. La porte centrale est réservée au personnage principal, tandis que les personnages secondaires passent par les autres.

Le duo de metteurs en scène évoque les portes antiques lorsque Zucco tambourine à la porte centrale pour appeler sa mère qui rentre par une autre porte à jardin. La mère n’ouvre pas la porte derrière laquelle l’attend Zucco. Elle ne peut pas entrer par la porte réservée aux dieux car elle est mortelle et va mourrir à la fin de la scène. La mère devient une sorte de Jocaste qui meurt d’étranglement. Zucco lui rend la nuque d’un coup net, comme Jocaste pendue à son foulard. Mais le duo ne rend pas cette règle systématique tout au long du spectacle, il l’évoque avec élégance dans la première scène de Zucco sans l’accentuer par la suite.

Ce mur concave libère l’espace mental du spectateur qui se trouve au prolongement du cercle architectural antique. L’assemblée se réunit de l’autre côté de l’orchestra. La force du dispositif vient de sa métamorphose invisible au cours de la représentation. Parfois il dessine un topos clos, parfois il ouvre un lieu sur le reste du monde.

Les portes surdimensionnées encadrent l’entrée des personnages. Ils deviennent de petits êtres fragiles face à l’ogre Zucco qui les surplombe. Zucco devient à son tour fragile lorsqu’il franchit la porte en volant sous les coups du mac qui le brutalise dans les rues du petit Chicago.

Le hors champ du dispositif apparaît avec les jeux de lumières qui tantôt éclairent, tantôt dissimulent le plateau dans une atmosphère entre chien et loup.

Les lumières de Renaud Lagier peignent un univers onirique coloré. Chaque séquence se termine par un noir plateau ce qui provoque parfois des hallucinations visuelles. La persistance retienne nous donne ainsi l’impression que le mur se rapproche quelques secondes avant de reprendre sa place initiale.

L’ouverture des portes du labyrinthe se fait vers nous, l’accès à la vie des mortels se trouve sur le plateau. Le monde des dieux se trouve derrière le mur de démarcation. Vêtu d’une simple culotte blanche lors de l’épilogue, Zucco monte sur le mur totem comme Icare qui veut atteindre le soleil. Son ombre chinoise sculpte l’effigie d’une muse dressée sur le mur antique avant sa chute mortelle.

Le duo évoque les neuf muses, filles de Zeus et Mnémosyne, qui vivent entre le mont  Parnasse et l’Olympe. Pour Platon, les muses deviennent les médiatrices entre le poète créateur possédé et les dieux. Zucco devient le contour d’une muse sur le tympan de la façade.

Combien y a-t-il de personnages féminins dans le texte de Koltès ? Et pourquoi ne portent-elles pas de prénoms ? Ne seraient-elles pas devenues une mémoire du chœur antique grec dans la pièce de Koltès ?

Dans Les Phéniciennes d’Euripide, Œdipe n’est pas mort, il s’est crevé les yeux. Son fils Étéocle demande conseil à Tiresias, le sage aveugle. Lambert-wild et Malaguerra y font référence avec le personnage du vieux monsieur qui devient un aveugle avec sa canne blanche.

Comme si Zucco était à la fois Polynice et Étéocle, fils fratricide d’Oedipe, il se bat contre lui-même. Une part de lui garde sa part d’enfance, d’innocence, d’amour, d’écoute, de reconnaissance ; l’autre part plus sauvage lui fait commettre des gestes ultra-violent. C’est un long suicide comme le chemin d’Oedipe. Comme Œdipe tue Laius et Jocaste, Zucco tue père et mère. Œdipe n’est il pas le premier tueur en série ? Comme Œdipe, Zucco joue tous les rôles, celui de l’inspecteur et celui du meurtrier. Il navigue en sachant qu’il court à sa perte comme Étéocle avant lui. Il est donc aussi les deux fils d’Oedipe, un masque aux milles visages.

Zucco franchit les obstacles en gravissant le mur. Il se rapproche aussi des dieux pour atteindre l’Olympe. Mais il se brûle les ailes. Il chute et retombe sur la terre des hommes brûlé par ses désirs fous dans une lumière incandescente.

Tout au long de la mise en scène, il apparaît que le duo s’écarte de la fausse piste liée à l’esthétique cinématographique si souvent proposée par les metteurs en scène en Europe. Il réfute le montage de séquences cinématographiques avec des fondus enchaînés. Aucun écran n’est d’ailleurs sur le plateau et cela fait du bien tellement cette proposition semble obsolète. Même le visage de Zucco sur les murs de la ville devient un projection lumineuse style manga très épurée.

La bande sonore constitue aussi un des éléments de la scénographie. Associé aux compositions d’Olivier Messian sur le thème du chant d’oiseaux, le duo Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild multiplie les éléments sonores : cris d’oiseaux,  crépitements d’un feu, rafales de vents tourbillonnants, voix d’outre-tombe de la gamine ou de Zucco. Le montage sonore ciselé accentue l’atmosphère pleine d’oppression qui contamine la salle.

Ces premières répétitions sur le plateau présagent un superbe spectacle.

Encore quatre jours de répétition avant la première.

Texte écrit par par Romain FOHR

Visuels:© Tristan Jeanne-Valès

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Monkey Money : le commerce des inégalités

Connue pour défendre un théâtre engagé, Carole Thibaut dissèque dans sa nouvelle création le cœur fermé de l’enfer capitaliste. A l’urgence de raconter la misère sociale, cependant, aurait peut-être du être associée la patience de l’écriture pour que celle-ci ait véritablement la résonance escomptée.

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Note de la rédaction :

Le monde décrit par Monkey Money ressemble étrangement au nôtre. Dans l’un comme dans l’autre règnent hypocrisie et loi du « libre » échange, luxe clinquant et pauvreté extrême se côtoient allégrement. Dans ce monde comme dans le nôtre, le commerce est roi : tout se vend tout se monnaie, une leçon parfaitement récitée par les cam girls du monde virtuel, un principe parfaitement appliqué par les gagnants comme les perdants même s’ils vivent dans des enclaves séparées. En effet, dans le monde mise en scène par Carole Thibaut, un mur se dresse littéralement entre les riches et les pauvres, et rien ne saurait venir contester cette ségrégation spatiale. C’est donc du bon côté de la frontière que débutent les festivités puisque le spectateur est convié à la célébration de l’anniversaire de la Bee Wi Bank, une entreprise familiale qui a fait de la vente de crédits à la consommation sa poule aux œufs d’or. Le champagne coule à flot – y compris pour le public, on vous conseille vivement de ne pas hésiter à vous placer aux premiers rangs !, jusqu’à l’irruption d’un étranger, d’un infiltré de l’autre monde, bien décidé à s’immoler par le feu.

Intuitivement, cette immolation en rappelle d’autres. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Carole Thibaut prend pour sujet d’étude ces grandes familles qui, même à l’heure du néo-capitalisme boursier, ont encore la main mise sur le système économique. Si l’on perçoit le travail documentaire mené par Carole Thibaut, c’est surtout la finesse de sa plume théâtrale que l’on voudrait saluer. Carole Thibaut offre à ses acteurs des partitions leur permettant de révéler toute l’étendue de leur talent – une mention spéciale devant selon nous être décernée à Arnaud Varech pour son incarnation punchy d’un ambitieux aux dents rayant le parquet.

Bluffé par le soin porté à la vidéo, fasciné par une exploitation séduisante de l’espace scénique, le spectateur n’est cependant pas à l’abri de voir son enthousiasme peu à peu lui glisser entre les doigts. Ou, pire, il peut en venir à considérer la beauté esthétique – voire plastique – de la création comme un cache-misère destiné à le divertir d’un possible ennui. Dans le second temps du spectacle, en effet, le propos tenu par Carole Thibaut cède parfois à la facilité et risque ainsi de tomber dans le piège redoutable du manichéisme. Lorsqu’en franchissant la frontière elle nous fait pénétrer l’envers du monde contemporain, il est certain que Carole Thibaut aspire à donner un visage aux Misérables. Mais c’est sous les traits d’un masque grotesque que ceux-ci en réalité nous apparaissent. En dignes bouffons de la farce capitaliste qui n’en finit pas d’être jouée et rejouée, les pauvres sont sales, méchants et même incapables d’aimer – ils prostituent à près tout jusqu’à leurs propres sœurs.

Pourtant, l’exploration de thèmes aussi cruciaux que ceux de la misère et des fractures sociales aurait du assurer Carole Thibaut de notre sincère attachement plutôt que de notre détournement progressif vis-à-vis de son projet. La fêlure du quatrième mur réside précisément dans la manière dont Thibaut appréhende les frontières. Toute réflexion aux frontières, et la poétique théâtrale n’y échappe pas, se heurte à un déficit de représentation de la frontières. Les frontières ne sont ni là où on les attendrait ni même là tout à fait. Aussi, Carole Thibaut aurait-elle pu et dû prendre plus sérieusement le caractère inéluctablement polysémique des frontières, celles administratives et physiques mais également celles sociales et subjectives. Le mérite, cependant, de la création de Carole Thibaut consiste à nous faire prendre conscience qu’en matière de frontières, tout est question de perspectives et de regards. Peut-être aurait-il fallu démultiplier encore davantage les perspectives, de nourrir son projet d’imaginaires concurrents afin d’enrichir l’expérience sensorielle de la frontière entre riches et pauvres.

Spectacle à l’affiche à la Maison des Métallos jusqu’au 25 septembre (du mardi au vendredi à 20h ; samedi à 19h ; dimanche à 16h)

Tournée : 11-14 octobre : Montluçon – Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon

Autour du spectacle :

Comme des lions – projection-rencontre

Comme des lions de Françoise Davasse raconte deux ans d’engagement de salariés de PSA Aulnay, contre la fermeture de leur usine qui, en 2013, emploie encore plus de 3 000 personnes dont près de 400 intérimaires. Des immigrés, des enfants d’immigrés, des militants, bref des ouvriers du 93 se sont découverts experts et décideurs. Ces salariés ont mis à jour les mensonges de la direction, les faux prétextes, les promesses sans garanties, les raisons de la faiblesse de l’État. Bien sûr ils n’ont pas « gagné ». Mais peut-être faut-il arrêter de penser en termes de « gain »… La projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice et d’anciens salariés de PSA Aulnay, protagonistes du film. film de Françoise Davisse (France, 2016, 115min) production Les films du balibari coproduction Les productions du Verger, Gsara

lundi 12 septembre > 19h / entrée libre, réservation conseillée

Enfin des bonnes nouvelles – Projection-rencontre en avant-première

Comment diable un documentariste au chômage a-t-il fini par distribuer des billets de 500 euros par paquets de 2 kilos… ? C’est la question de départ de cette comédiefiction dérangeante de Vincent Glenn qui rappelle des réalités de notre monde dominé par l’argent.Et c’est la question qu’essaie de comprendre Jiji, animateur de l’émission radio « Décryptages ».Il interroge ses prestigieux invités, les fondateurs de Vigi’s, agence de notation révolutionnaire qui a connu un succès mondial foudroyant : comment ont-ils réussi à gagner des sommes d’argent colossales en si peu de temps, dans cette période troublée ? Il y a de quoi s’y perdre… La projection sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur et Carole Thibaut. film de Vincent Glenn (France, 2016, 88min) coproduction DHR, Ciaofilm, Brodkast Studio

lundi 19 septembre : 19h (entrée libre, réservation conseillée)

Indices – Atelier-débat

Quand vous croisez un ami, vous lui demandez « comment ça va ? », et non pas « qu’as-tu produit ce mois-ci ? » Pourtant, de nos jours, le fameux PIB est encore l’indicateur de richesse le plus cité en référence. Indices est un film-enquête pédagogique, voire ludique, avançant par énigmes, pour entrer dans ces questions. À partir de la projection, le réalisateur, des membres du réseau FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse) et le philosophe Patrick Viveret proposent un atelier-débat. Peut-on créer une agence de notation citoyenne ? Sur quelles bases, avec quelles finalités, selon quels critères ? Il s’agira de laisser libre cours aux propositions et priorités exprimées par les participants. Que seraient les critères d’une économie plus soucieuse du social et de l’écologie ? Comment faire pour que ceux-ci soient lisibles et partagés ? film de Vincent Glenn (France, 2011, 81min) production DHR

samedi 24 septembre : 14h30-17h30 (entrée libre, réservation conseillée)

Visuel : © Simon Gosselin

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Marianne Fougere

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STUPEFIANT SERGE MERLIN DANS LE DEPEUPLEUR DE SAMUEL BECKETT

Pour cette reprise du Dépeupleur, Serge Merlin, infatigable retrouve Alain Françon au Théâtre Les Déchargeurs. Le traité cosmographique et ethnographique de 55 pages de Samuel Beckett livre toute sa puissance avec le jeu incroyable de Serge Merlin.

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Il entre à cour empruntant la porte pratiquée quelques instants plus tôt par le public. Dans un manteau trop grand il apparaît devant nous, pointe vers nous son regard incandescent et sa baguette de chef d’orchestre. Il va nous expliquer, nous décrire le Cylindre, un endroit où tout se crée par la violence et pour la violence et où la recherche est une passion qui ne connaît que compulsion irréfléchie. Le texte est dru, riche et, nous sommes pourtant chez Becket, débordant de sens.

Il y a tant à dire et à expliquer sur ce « Dépeupleur ». A gros traits, le Cylindre est un lieu de civilisation sans notion de bien ou de mal. Un meurtre originel a installé une même violence qui soumet chacun. Cette violence civilisatrice ne recherche que l’apaisement des conflits, la paix. Mais les corps soufrent. Cette douleur se transforme en une décharge d’énergie nécessaire. Les corps se mettent à marcher, à explorer. Chaque marcheur, dans sa passion de chercher plie et déplie le solitaire et le solidaire, l’intime et le politique, l’individuel et le collectif. La violence civilisatrice en une violence d’aliénation. Entre autre. Et peu importe si des sens du texte nous échappent car le comédien se constitue du texte et de son esprit avant même de l’interpréter. Nous sommes attrapés par Serge Merlin dans un moment quasi hallucinatoire où le comédien qui semble posséder cent voix, et autant de poumons, tant le souffle nous manque parfois pour le suivre, nous incorpore dans le texte de Beckett.

Bien sur, nous savions par avance la qualité de ce seul en scène car Serge Merlin est un immense comédien (qui commença sa collaboration avec Alain Françon en 2012 avec Fin de Partie de Beckett ). Car le texte de Samuel Beckett est précieux et Françon un très grand metteur en scène (dernièrement  LA MER de Bond au Français). La surprise est là pourtant. La pièce est belle, graphiquement et scéniquement; Serge Merlin y déploie une force surréelle. Nous sommes stupéfaits : Serge Merlin , et nous avec lui et grâce à lui,  ne plie pas sous le texte.

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David Rofé-Sarfati

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« Dom Juan » se met en scène à l’Odéon.

Un grand texte et une superbe équipe animée par un metteur en scène passionnant et passionné Jean-François Sivadier, qui revient à Dom Juan  ( voir notre critique ) vingt ans après une première approche.

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La pièce fut créée en mars dernier au Théâtre National de Bretagne puis programmée au mois de juin au Printemps des Comédiens. La mise en scène signée Jean-François Sivadier de la célèbre pièce de Molière est aujourd’hui reprise au Théâtre National de l’Odéon.

Le décor est baroque, de grosses sphères luminaires semblent vouloir s’écraser près du sol dans un échafaudage céleste. Nous sommes désemparés lorsque Sganarelle lance à la fin de la tirade du tabac « éteignez vos portables et reprenons » Nous sommes encore plus circonspect lorsque Nicolas Bouchaud, Dom Juan élégant en habit entre par la salle et avant de monter sur scène interpelle une spectatrice pour lui offrir des fleurs. On s’inquiète un peu : est-ce du boulevard ? À ce moment-là nous ne savons pas encore tout de l’inimaginable qui est à venir, Sganarelle chantera les passantes de Brassens, Dom Juan en crooner clope au bec chantera « sexual healing » de Marvin Gaye et ira même lire quelques pages de « La Philosophie dans le Boudoir » de Sade.

Le péril guette les choix de Sivadier. Sauf que le couple Don Juan Sganarelle peut tout se permettre car Vincent Guédon oeuvre avec talent à incarner le double en creux d’un Nicolas Bouchaud, un  Dom Juan tout à fait impressionnant. Chaque scène semble réglée comme un numéro de cirque. Cette mise en scène et cette scénographie riche nous déplie le biais et lentement nous invite dans l’univers mental de Dom Juan. Sivadier a décidé de ne pas s’intéresser à l’oeuvre en tant qu’elle est une oeuvre du patrimoine avec une histoire d’écriture compliquée (le texte connait plusieurs versions) et avec une histoire de mise en scène aussi patrimoniale que Molière et sa langue. Sivadier évite l’écueil d’être jugé par l’académie des auto proclamés gardiens du temple des savants théâtreux sur sa lecture de l’oeuvre. Il se dégage du poids des générations qui l’ont précédé. Il ne s’intéresse qu’à Dom Juan. À ce personnage joyeux, léger, histrion fragile parfois et suicidaire en final. Et toujours en transparence plein de désespoir. Par ce choix de mise en scène nous ne nous identifions jamais à Dom Juan.

Au fond cette mise en scène semble avoir été imaginée par Dom Juan lui même. Et elle restitue l’esprit du texte sans psychologiser les personnages. Dom Juan assure la mise en scène et on retrouve le biais cabotin, enfantin, cynique et grandiloquent, le coté sombre aussi. Il devient responsable du spectacle et le spectacle est grandiose.

Quant à nous, nous nous identifions à Sganarelle : Ah ! quel homme ! quel homme !, ce Dom Juan que nous voulons détesté, admiré, envié…

Et dont il convient d’aller rendre visite à l’Odéon.

Crédit Photos ©Brigitte Enguerand

Dom Juan
de Molière
mise en scène Jean-François Sivadier
avec Marc Arnaud, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Guédon, Lucie Valon, Marie Vialle

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David Rofé-Sarfati

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