Gourmandise divines, égoïnes et Grand Siècle : nos romans de la rentrée Stock

Salle comble à l’Institut du Monde Arabe pour la rentrée Stock. Une présentation riche et dense de 16 textes, dont 4 premiers romans et deux textes étrangers, pour certains très attendus. Voire très attendus. 

 

 

D’abord, le diamant, délicat et ciselé : Jean-Luc Coatelem signe avec Mes pas vont ailleurs un voyage initiatique, de la forêt du Helgoat à la Chine lointaine et la Polynésie, celui de la vie à perdre haleine du discret et magnifique poète Victor Segalen.

 

  
 

Septième roman de Saphia Azzedine, Sa mère est un texte cinglant, une narration cinématographique portée par une héroïne qui n’est pas sans rappeler celle du film Divines (Caméra d’Or Cannes 2016). Douée d’un humour au scalpel, Marie–Adélaïde se révèle tour à tour déterminée, désinvolte, frondeuse et obstinée ; un portrait d’une ultra-modernité, sans aucune complaisance ni affectation.

 

 « Ma situation est transitoire. Transitoire, c’est un mot qu’utilise mon assistante sociale. Moi, je disais pourrie, elle m’a reprise et a dit : “Non, transitoire, Marie-Adelaïde.” Depuis je le dis aussi, mais ça ne m’empêche pas de penser pourrie. »

 

Indispensable, catégorie gourmandise, Jean-Louis Fournier, qui se livre littéralement à cœur ouvert dans Mon autopsie. Sur une table en inox, glacée juste ce qu’il faut, un drap blanc recouvre le corps du narrateur, mort. C’est Jean-Louis Fournier, qui après s’être dédié aux livres, a fini par donner son corps à la science pour se faire joyeusement disséquer.

Chance : c’est une jeune femme radieuse et énigmatique, immédiatement baptisée Egoïne, qui va se charger de l’exploration. L’occasion pour l’auteur de jeter un regard sans concession, parfois mélancolique, sur sa vie, ses faiblesses et ses amours, ses amitiés et ses regrets aussi.

C’est le ton du Docteur (on y revient) Cyclopède de Desproges que l’on entend, celui du pouf-pouf, et des sourires narquois. Fournier, c’est toujours un cadeau délicieux – et celui-ci a le goût des bêtises, vous savez, celles de Cambrai… [aparté : Monsieur Fournier, si tel est votre bon vouloir, à condition d’un certain nombre de carats tout de même, je vous épouse. Je ferai à n’en pas douter une veuve magnifique.]

  
 

Impossible de manquer Simon Liberati et Les rameaux noirs : nous avons parlé du roman d’Éva Ionesco chez Grasset, ici encore, c’est dans les traces du père que l’on suit l’auteur. L’histoire de ce père surréaliste, si proche d’Aragon, né à Beyrouth, et du legs à son fils de ces feux sacrés que sont écriture et poésie.

 

Un mot, très rapidement, sur Les huit montagnes, premier roman de Paolo Cognetti. À cette heure, ce jeune homme vient de remporter le Prix Strega Jeunesse en Italie, et semble très bien parti pour remporter le Strega tout court. Le Goncourt italien, pas moins que cela… Mais nous reviendrons sur cette promesse italienne, ode à la filiation et à l’amitié dans les hautes solitudes.

 

Et puis il y a l’homme consacré ambassadeur de la lecture par Emmanuel Macron. Un texte qui tient du caramel beurre salé, du bonbon ravissant, du comble de la gourmandise. Erik Orsenna.

 

(Une confidence : c’est par La Fontaine, une école buissonnière que nous aurons débuté nos lectures de la rentrée Stock, tant nous languissions de retrouver l’auteur et le sujet…).Devant nous Orsenna, les yeux qui se plissent avec un sourire tendre, un peu chafouin et gourmand, quand il nous conte La Fontaine. 
 

Ce n’est pas seulement l’homme des fables, mais aussi celui des contes, celui des textes qui resteront sans public, un homme couard et coureur de jupons, amoureux des plaisirs, du jeu et des femmes. Un La Fontaine qui donnait chaud sous les perruques d’une époque si bien bouclée. Celui qui instruisit le dauphin et défrisa la cour… 

Rien de plus jubilatoire que de déguster ses écrits égrillards.

Erik Orsenna - Prix Clara 2015
Erik Orsenna – ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Orsenna se fait polisson, mais n’en dévoile pas moins son admiration pour le travailleur acharné, le génie de la formule et du vers, et le destin de cet homme, parfaite alliance d’homme libre et de courtisan…. 

Pour les impatients, France Inter diffusera la bonne parole d’Orsenna durant l’été, du lundi au vendredi à 8 h. Et pour les gourmets, et pour le spectacle, la Compagnie des Arts Florissants, dirigée par William Christie, créera une nouvelle pièce pour l’occasion. Les mélomanes la savoureront en août en Vendée, et à Paris à l’automne… Les Dix-Huitiémistes adoreront, ainsi que tous ceux qui ont dans la tête ses fables qui vont replongent immédiatement en un temps confortable et familier. (Défi du jour : vous empêcher de compléter, si là, nous écrivons : « La cigale ayant chanté tout l’été… ») 

 

 

(à paraître 23/08) Jean Luc Coatalem – Mes pas vont ailleurs – Editions Stock – 9782234081178 – 19.50€

(à paraître 23/08) Saphia Azzedine – Sa mère – Editions Stock – 9782234081741 – 19€

(à paraître 01/09) Jean Louis Fournier – Mon autopsie – Editions Stock – 9782234081048 – 18€

(à paraître 23/08) Simon Liberati – Les rameaux noirs – Editions Stock – 9782234083448 – 19.50€

(à paraître 23/08) Paolo Cognetti – Les huit montagnes – Editions Stock – 9782234083196 – 21.50€

(à paraître 16/08) Erik Orsenna – La Fontaine Une école buissonnière – Editions Stock – 9782234082489 – 17€

 

Retrouvez notre dossier Rentrée littéraire 2017, la fashion week des libraires

 

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20 minutes de littérature gratuite chaque mois

La maison 15k sent que l’été approche, et chacun se montrera de plus en plus disponible pour lire. Depuis octobre dernier, la maison qui fêtera sa première année à l’automne propose de découvrir un texte inédit. Qu’on lise ou que l’on écoute, c’est un auteur francophone qui sera à découvrir.


 

 

Lancé sur le web en octobre 2016, l’éditeur numérique de littérature courte lavallois, 15K, propose chaque mois sur http://www.15k.fr un titre inédit d’un auteur contemporain francophone. Chaque histoire, d’une durée de 20 à 30 minutes, est disponible au téléchargement selon 2 modes : « À Écouter » et « À Lire », pour deux expériences différentes du texte. 
 

Accompagnant le titre, la rubrique « Les coulisses » dans laquelle auteur et narrateur partagent leur travail de construction de l’œuvre écrite et orale. 

La ligne éditoriale de 15 K est éclectique : des histoires d’inspirations, de styles et de tons variés mais avec une exigence de qualité littéraire. 15 K s’adresse à un public curieux, en quête de découvertes littéraires. 

15 K investit toute la chaîne de valeur de ses titres : sélection des textes, accompagnement des auteurs dans le travail de réécriture, collaboration avec des compagnies de théâtre pour le casting des voix, supervision des répétitions et de l’enregistrement en studio, fabrication des fichiers, distribution. 

 

Le titre de juin 2017 : Tire, et tout viendra de Thomas Pourchayre 

Dans ce texte, à la construction évoquant celle du poème, l’auteur tend le fil de l’obsession. Une obsession « héroïque », jusqu’au-boutiste qu’il livre sur le mode du discours intérieur. En écho à la voix omniprésente du père, son personnage s’adresse à lui-même d’un « Tu » dont, tour à tour, il s’interpelle, s’accuse, se réconforte. Un « Tu » lancinant, qui résonne tel le martèlement d’une marche implacable vers son but. 

À retrouver à cette adresse.

 

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Entre 2007 et 2016, la librairie a perdu 7 points de part de marché

En attendant les Rencontres nationales de la librairie, l’institut d’études de marché GfK fournit quelques chiffres sur la situation de la librairie. Si les librairies conservent la première place en termes de lieux d’achat de livres, leur part de marché a diminué de 7 points entre 2007 et 2016, pour passer de 47 % à 40 %.

 

Librairie Decitre à So Ouest
(photo d’illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

L’institut GfK s’est penché sur les 10 dernières années, ou presque, pour rendre compte de l’évolution de la situation de la librairie dans un contexte, rappelle GfK, de dématérialisation des oeuvres. La valeur du marché des biens culturels s’est dégradé, souligne l’institut, « passant de 8,9 milliards d’euros en 2004 à 7,8 milliards en 2016 avec un recul des supports physiques au profit des supports dématérialisés ». Au total, la valeur du marché a baissé de 15 %.

Deux motifs de réjouissances, à ce titre : d’abord, le livre est moins touché par cette transition, par rapport à la musique ou à la vidéo. Ensuite, le marché, qui avait atteint une valeur de 7,5 milliards € en 2015, a depuis connu une légère remontée, pour s’arrêter à 7,8 milliards € en 2016.

Sur ce chiffre, le dématérialisé représente désormais un peu plus d’un quart de la valeur, à 26 %, contre 18 % en 2014. Cela dit, le dématérialisé ne représente toujours que 3 % des ventes de livres en 2016, note GfK, même si les chiffres de l’autopublication ne sont pas pris en compte, comme d’habitude.

Sur le seul marché du livre, le numérique a malgré tout le vent en poupe révèle GfK : entre 2015 et 2016, aussi bien en valeur qu’en volume, il bénéficie d’une hausse, contrairement au livre imprimé.
 

« En 2016, l’occasion a représenté 13 % des volumes totaux du marché du livre, en légère croissance par rapport à 2015. Comme pour le livre numérique, le poids de l’occasion varie en fonction des segments de marché : de 4 % pour le parascolaire jusqu’à 22 % pour la littérature générale en passant par 9 % pour le pratique », note par ailleurs GfK.

Le nombre de références vendues a augmenté entre 2007 et 2016, passant de 485.824 à 722.500 références vendues, « tout particulièrement celles dont les ventes sont inférieures à 50 exemplaires par an, passées de 267 000 à 479 000 références (+79 %) entre 2007 et 2016 », note GfK. Plus de bibliodiversité, a priori.

523.791 références sont vendues en librairies en 2016, contre 352.825 en 2007, mais on note une légère érosion depuis 2015. Le marché du livre, de manière générale, a tendance à se polariser autour de la littérature générale, de la jeunesse et de la bande dessinée, note GfK, au détriment des sciences humaines, de l’Histoire, des beaux-arts ou encore des dictionnaires.

Librairies, grandes surfaces culturelles et grandes surfaces alimentaires structurent toujours le marché du livre physique : 46,5 % de la distribution physique hors ecommerce sont assumés par la librairie, 33 % par les grandes surfaces spécialisées et 20,5 % par les grandes surfaces alimentaires.

Au niveau des tendances, la librairie est clairement en baisse, comme les grandes surfaces alimentaires, tandis que les grandes surfaces spécialisées bénéficient d’une légère hausse grâce à une augmentation du nombre de magasins.

Festival, salons, foires : la librairie existe aussi hors les murs

Ecommerce inclus, la librairie a perdu 7 points de part de marché entre 2007 et 2016, et représente désormais 40 % du marché du livre, contre 47 % en 2007.
 

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Plateformes, rabais, aides à la librairie : les libraires se retrouvent à La Rochelle

Les Rencontres nationales de la librairie se sont ouvertes à La Rochelle ce dimanche 25 juin : débats, rencontres, ateliers, les professionnels de toute la France, et leurs partenaires, se réunissent. En ouverture, le président du Syndicat de la librairie française, qui organise cet événement, a fait le point sur les préoccupations de la profession.

Rencontres nationales de la librairie 2017 à La Rochelle

Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la Librairie française
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

800 professionnels de la librairie et quelque 300 partenaires, comme des éditeurs et des diffuseurs, ont écouté le discours d’ouverture prononcé par Matthieu de Montchalin, le président du Syndicat de la Librairie française (SLF). Lequel se réjouit d’une telle audience : « Combien de professions réfléchissent ainsi à leur avenir ? » interroge-t-il d’entrée de jeu. Si les libraires, surtout les indépendants, le font, c’est qu’on les a rapidement donnés pour mort, face à Amazon, aux grandes surfaces culturelles ou à la désertion des centres-villes.

Après plusieurs plans de soutien politiques, mis en oeuvre en 2007 (le « Plan Livre ») et en 2013 (le « Plan Librairie »), et quelques campagnes de promotion nationales, les libraires peuvent aborder l’avenir de manière plus sereine, sans pour autant renoncer à « moraliser » la vente de livres. Cette démarche commencera dès demain avec l’annonce d’une Charte à destination d’Amazon et de plusieurs plateformes, qui formalise différentes bonnes pratiques comme le respect du prix unique du livre ou encore la présentation du livre d’occasion comme « d’occasion », et pas « comme neuf ».

Le SLF avance d’autres pistes pour aider la librairie, comme la généralisation de la remise de 36 % « à toutes les librairies, ce que certains diffuseurs font déjà, d’ailleurs », ainsi que « la discussion des rabais accordés aux particuliers et aux bibliothèques » poursuit Matthieu de Montchalin. La solidarité de la chaîne du livre est de nouveau mise en avant, particulièrement entre les libraires et les éditeurs : le SLF a d’ailleurs convié 15 éditeurs de la région Nouvelle-Aquitaine à ses Rencontres.

L’organisation professionnelle insiste aussi, avec le thème de ses Rencontres (« Économie, commerce et territoires ») sur le lien très fort des librairies avec leur quartier et ses habitants : « Pas de librairie sans centre-ville, pas de centre-ville sans librairie », insiste Matthieu de Montchalin, qui exhorte aussi ses collègues à se soucier de la relation avec les clients, sur laquelle « nos concurrents prennent de l’avance ». Par le commerce, mais aussi l’entretien du lien social avec l’organisation d’événements, les libraires « ont leur rôle à jouer dans la dévitalisation des centres-villes ».

Le travail collectif, notamment les échanges et la communication au sein de la profession, peuvent être améliorés, concède Matthieu de Montchalin, d’autant que certains leviers, comme l’aide à la trésorerie, ne sont pas toujours actionnés par des libraires dans le besoin. « Ce syndicat est celui de tous les libraires », souligne le président du SLF, qui vient de mettre en place un portail commun à 700 librairies pour communiquer plus facilement auprès du public.

« Un libraire indépendant n’est pas un libraire isolé ou individualiste », termine Matthieu de Montchalin, persuadé que tous les drones du monde ne pourront rien contre la meilleure arme des libraires, leur expertise.

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Donnez à lire : en librairie, offrez un livre à un enfant aidé par le Secours populaire

Les livres et les librairies participent à la formation du citoyen, rappelle ce dimanche et demain le Syndicat national de la librairie à La Rochelle, à l’occasion de Rencontres nationales de la librairie. La campagne Donnez à lire, organisée par les Librairies indépendantes, le Syndicat de la librairie française et le Secours populaire français viendra concrétiser cette conviction, avec une grande opération caritative autour de la lecture, pour la seconde année consécutive.

Donnez à lire

L’affiche de Donnez à lire (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Donnez à lire est une grande opération mise en place pour la première fois en 2016, du 1er au 31 juillet : « Sur le modèle des épiceries solidaires, les clients sont invités à ajouter un livre jeunesse à leurs achats et à le remettre à leur libraire : ce livre sera offert à un enfant qui est suivi toute l’année par les équipes du Secours populaire. L’objectif étant de promouvoir l’activité simple, mais nécessaire qu’est la lecture, en permettant aux enfants d’être propriétaire de leur propre livre » explique Maya Flandin, vice-présidente du SLF et libraire à Lyon (librairie Vivement Dimanche).

La vice-présidente sait que les lecteurs qui achètent leurs ouvrages en librairie sont particulièrement sensibles à cette cause sociale : « Nous l’avons mis en place il y a 3 ans, dans ma librairie à Lyon », témoigne-t-elle, « et le succès a été immédiat puisque nous avons pu offrir 2 livres à 80 enfants suivis par le comité du Secours populaire local ».

Le bilan de l’année dernière (l’opération s’était déroulée du 1er au 31 juillet 2016) est encourageant : 200 librairies ont participé à Donnez à lire, donnant lieu à quelque 2000 livres collectés et offerts par 50 fédérations départementales du Secours populaire. Un chiffre à saluer, d’autant plus que l’achat d’un livre supplémentaire, même au tarif des albums jeunesse, souvent moins onéreux, reste un geste financier plus important que l’achat de denrées alimentaires.

« Cette journée aura cette année encore plus d’ampleur, car elle se passe du 17 octobre, Journée du refus de la misère, au 20 novembre, Journée des droits de l’enfant », souligne Maya Flandin. En effet, cette période qui précède de quelques semaines les fêtes s’avérera sans doute plus cohérente, celle de juillet étant d’ordinaire réservée aux vacances ou aux économies en prévision.

De plus, les librairies participantes auront accès à un kit de communication aux couleurs de la campagne, dont les illustrations sont signées par Audrey Calleja.
 

« On entend dire un peu partout que les jeunes ne lisent plus, mais je trouve que c’est bien, avant de râler, de s’intéresser au fait que peu d’enfants et d’adolescents ont accès au livre », insiste encore Maya Flandin, exhortant ses collègues à s’engager aux côtés du Secours populaire.

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Vente de livres : une Charte de bonne conduite pour Amazon et d’autres vendeurs

Le Syndicat de la Librairie française a ouvert ce dimanche matin ses 4e Rencontres nationales de la librairie à La Rochelle. Deux jours de rencontres et de débats, avec près de 800 professionnels réunis. Et quelques annonces, comme celle d’une Charte, mise en place par le ministère de la Culture, pour engager Amazon et d’autres vendeurs de livres en ligne à respecter certaines règles commerciales.

Amazon boxes

(Global Panorama, CC BY-SA 2.0)

Françoise Nyssen, ministre de la Culture, n’est attendue que ce lundi 26 juin aux Rencontres nationales de la librairie à La Rochelle, mais Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la Librairie française, n’a pas résisté et a évoqué la signature de cette Charte. Peu d’informations sont disponibles, en attendant demain, mais celle-ci devrait engager plusieurs acteurs de la vente de livres sur Internet à respecter un certain nombre de règles commerciales.

En premier lieu, le prix unique du livre, instauré par la Loi Lang de 1981, et qui concerne aussi le livre numérique. D’autres points seront bien entendu abordés dans cette Charte, qui devrait être révélée en intégralité dès demain. Cette Charte en rappelle une autre, qui s’adressait cette fois aux agences de publicité, pour les engager à ne plus afficher leurs messages sur les sites de partage illégal d’oeuvres culturelles, afin d’assécher au maximum les revenus des pirates. Cette Charte relative à la vente de livres a été supervisée par le ministère de la Culture et le médiateur du livre.

Les Rencontres se déroulent jusque lundi soir, avec quelques motifs d’inquiétude : sur les 10 dernières années, la librairie a ainsi perdu 7 points de part de marché pour la vente de livres, commerce physique et ecommerce pris en compte.

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Être libraire dans 10 ans : quel avenir pour le métier ?

Les Rencontres nationales de la librairie, à La Rochelle, sont désormais ouvertes. Après quelques discours d’introduction, c’est le moment de rentrer dans le vif du sujet et de faire un peu de prospective. Xavier Moni, libraire à Paris (librairie Comme un roman) et vice-président du Syndicat de la Librairie française, se charge d’imaginer l’avenir du métier, dans 10 ans.

Librairie Decitre à So Ouest

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Ouverture des 4e Rencontres nationales de la librairie

Le Syndicat de la librairie française organise le dimanche 25 et le lundi 26 juin les Rencontres nationales de la librairie, à La Rochelle. Deux jours de rencontres, de débats et d’ateliers autour du métier de libraire, de l’industrie du livre et de ceux qui en achètent. Et pour bien commencer ces RNL 2017, une série de discours d’ouverture.

 

Librairie Mollat Bordeaux

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

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Les Ensablés – « Du képi rouge aux chars d’assaut » de Charles-Maurice Chenu

En 1933, Henri de Régnier, dans sa chronique littéraire du Figaro, compare deux livres qui viennent de paraître : Du képi rouge aux chars d’assaut et Voyage au bout de la nuit. Il éreinte Céline, a contrario encense l’ouvrage de Charles-Maurice Chenu (1886-1963), avocat et fils de bâtonnier, et qui fut mon grand-père. Ce récit, peu connu, s’ajoute à ceux, plus célèbres, de Dorgelès (Les croix de bois), de Galtier-Boissière (la fleur au fusil) ou Chevallier (la Peur), ayant décrit le massacre de 14-18.

Pour la petite histoire, Charles-Maurice a écrit de nombreux romans, d’abord dont Totoche, journal d’un chien à bord d’un tank couronné par l’Académie Française, puis une dizaine d’autres dont Grimpeloup, son plus célèbre. Mais c’est aujourd’hui « Du képi rouge aux chars d’assaut » dont nous voulons parler.

Par Pierre-François Chenu
 

 

J’ai chez moi beaucoup de vieux documents : ce sont les manchettes des journaux de l’époque, soigneusement découpées, jour après jour, par Monsieur et Madame Chenu, dans l’attente méthodique et inquiète des nouvelles du front. Là-bas, leur fils – mon grand-père – défend les couleurs de la France. Les courriers du héros sont soigneusement collés à côté de chaque nouvelle « officielle ». Des courriers relus par l’État major où ne figurent que les bonnes informations. Quelques années plus tard, Charles-Maurice livre sa version, celle que les censeurs ne prennent plus la peine de camoufler, dans ce livre publié en 1932 et que je tiens entre les mains, Du képi rouge aux chars d’assaut, qui n’est rien d’autre que le récit de la guerre que mon grand-père a faite, de la mobilisation au Chemin-des-Dames

Laissons-lui la parole, à travers ces quelques extraits.

Entre deux assauts, les soldats causent :

« Chacun raconte sa tranche de guerre.

« Quelqu’un demande :

« — La baïonnette ?… Y en a-t-il un seulement ici qui s’en est servi ?

« — Moi.

« C’est un paysan, tout jeune et tout doux. Il explique :

« — Un jour, en patrouille. On avait rampé, le soir, pour aller voir le long d’un talus de chemin de fer… Et voilà qu’on voit venir, sur la voie, des Boches qui rampent – une patrouille aussi. Ils ne nous voyaient pas.

J’étais dans un buisson. Et il y en a un qui vient vers moi, comme ça, un peu en dessous. On nous avait recommandé de ne pas tirer. Voilà mon Boche sous moi. Je m’étais préparé. Mais il avait des tas de choses sur le dos…Et si je le ratais, il avait ses copains qui me tiraient dessus : j’étais frit.

« Alors, j’ai bien visé, entre le sac et la cartouchière. Vlan… Il est resté sur place.

Tu parles si j’ai fait vite pour retirer ma baïonnette.

« — Ça ne reste pas coincé ?

« — Il suffit de mettre le pied sur le dos…

« Il sourit doucement, et ajoute :

« — Si ça continue, on reviendra de là comme des sauvages… »

Du képi rouge est l’histoire des hommes, des hommes au cœur simple, confrontés à la dureté du temps. Charles-Maurice était avocat, courageux, un peu rebelle. Ici, dans ce livre, la mixité sociale n’est pas un vœu, elle est la vie à chaque instant ; elle n’est jamais moralisatrice. La peur et le courage soudent ces hommes, et trop souvent les fondent dans le creuset des trous d’obus. Tous souhaitent à la fois défendre leur patrie et mettre un terme à cette guerre.

Charles-Maurice raconte l’histoire de « Tété » :

« Tété, lui aussi, appartient à l’histoire du 2’’. [le numéro de régiment].

« Tété, c’est un surnom ; mais son nom, je ne l’ai jamais su.

« Dans le civil, patron d’une maison, d’une maison pas convenable, en banlieue de Paris. Costaud, comme il se doit, mais avec une brave figure droite, souriante, un parler doux. Et bon comme du pain.

« Encore une fois, voilà corrigées mes idées toutes faites sur la profession.

« En campagne, un homme. C’est lui qui a sauvé le capitaine Louis […] En contre-attaquant, le capitaine Louis tombe. Il faut reculer en le laissant là.

« Dommage : c’est un brave.

« La nuit venue, Tété, entre les lignes, part à sa recherche. Il le retrouve.

« — C’est toi, tété ? qu’il me dit. “ C’est moi. Je viens vous chercher. ” — “ Trop tard, qu’il fait. J’y suis. Ne t’expose pas pour moi. Fais seulement une chose : tourne-moi la tête du côté des Boches… que je meure comme ça…. ” Tu vois ça ! “ Grand gosse ! ” que j’y dis.

« C’est vrai, fallait avoir vingt ans pour raconter ça.

« — Grand gosse, je vais t’emporter. »

« — Laisse-moi : je suis ton capitaine…

« — Allez, allez, que j’y vais… C’est plus toi qui commandes, ici…t’as qu’à te laisser faire.

« Et je l’ai couché sur le dos, et comme ça, en rampant, je l’ai ramené chez nous…

« Et il a guéri. Et il m’a remercié, faut voir ses lettres ! Et il est content, parce que, maintenant qu’il est réparé, il pourra resservir… »

Quand les obus s’arrêtent, le silence prédit le pire : « Nous faisons halte à Gouy-Servin, près des lignes, un soir. Un ordre du jour nous annonce que tout se passera bien. Nous avons compris. Instantanément, il pleut sur Gouy-Servin des trombes de pinard. » Et de toute part on craint les orages d’aciers, pourvu que la pluie tombe sur l’autre. On pense à Noël, ces quelques heures dans la nuit où les hommes des deux camps se sont côtoyés amicalement, illuminés par la même voûte étoilée. Mais tout cela est trop éphémère, le tonnerre subitement reprend. « L’horizon n’est que flammes, fumées, vacarmes. L’artillerie ne permet plus aux hommes de s’arrêter, aux cerveaux de réfléchir, à la terre de refermer ses plaies. Nous suivons l’ouragan, figés. Nos pensées, pas bien compliquées : tendues vers le terrible tacata de la mitrailleuse boche, avec lequel s’engloutiront – s’il reprend – toutes nos espérances, devant lequel tomberont nos camarades, et nous, après eux. Le rideau noir des explosions de mines, dans la plaine, commence à se déchirer. »
 
Voilà, c’était mon grand-père, écrivain lui-aussi, et qui eut son heure de gloire. J’ai chez moi une coupure de presse extraite du Figaro et daté du mardi 3 janvier 1933, dans laquelle Henri de Régnier parle du texte de Charles-Maurice Chenu Du képi rouge aux chars d’assaut. L’académicien est dithyrambique : « Monsieur Charles-Maurice Chenu écrit une langue élégante et précise, très délicatement nuancée. M. Chenu sait avec un art ingénieux analyser un caractère ou évoquer un paysage. Il sait aussi observer les autres et s’observer lui-même. Aussi est-ce tel qu’il est que M. Charles-Maurice Chenu se montre à nous en des pages d’une parfaite sincérité où il nous offre ses souvenirs de guerre. […] M. Chenu se montre à nous comme un charmant type du soldat français, à la fois courageux et résistant, hardi et débrouillard, raisonneur mais discipliné, faisant crâne figure devant la souffrance et la mort. Deux graves blessures la lui ont fait voir de près et, de soldat devenu officier, il prendra bravement les responsabilités qui lui incombent, et qu’il a acceptées sans les rechercher. »Il y a dans ce livre, ajoute-t-il « des scènes et des épisodes que l’on n’oublie plus, des “ choses vues ” que l’on ne cessera jamais de voir, tant l’art sincère et sobre de l’écrivain nous les a rendues terriblement visibles. »
 

On ne peut pas faire plus élogieux pour un roman. Mais que reste-t-il aujourd’hui Du képi rouge aux chars d’assaut ? Ironie de l’histoire, à côté de la critique élogieuse de Régnier à l’égard du mon grand-père, Régnier éreinte sans vergogne un nouveau roman qui vient de paraître: « Le voyage au bout de la nuit » : « Je n’y ai trouvé, en effet, ni sujet, ni composition, et la structure en est d’une assez grossière simplicité. C’est ce qu’on pourrait appeler un récit “ à tiroirs ”, sans intrigue, sans action et qui consiste en une suite de tableaux et d’épisodes destinés à nous donner des vues sur la vie, les êtres et sur le narrateur de cette fastidieuse, morne et répugnante confession qui pourrait se continuer indéfiniment, qui commence sans raison et se termine de même (…) Quittons l’atmosphère empuantie où nous a promenés le Bardamu de M. Céline » !

Du képi rouge aux chars d’assaut n’est peut-être pas le bouleversement littéraire du siècle, mais il reste un témoignage fort et brûlant, et plus que Céline, aussi bien que Dorgelès, il nous place au première loge d’une guerre d’usure qu’il ne faut jamais oublier.
 

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Claude Seignolle, rencontre avec un centenaire insaisissable

Ce dimanche 25 juin, l’immense Claude Seignolle, écrivain, conteur, sorcier, « meneur de loups », ami de Jean Ray et de tant de grands maîtres du fantastique entrera dans sa cent-unième année. Eric Poindron, son ami et éditeur de Au Château de l’étrange, nous emmène en promenade mystérieuse avec un jeune homme insaisissable et centenaire. Suivez les guides…

 

Claude Seignolle, collection particulière de l’auteur

 

Les sentiers nocturnes et fous où se cache l’inexpliqué

 

J’ai pour la première fois rencontré Claude Seignolle, le scribe des diables et des sorciers, dans l’immense bibliothèque d’une école religieuse de province. C’était durant mon adolescence à « Reims-la-morose ». M’ennuyant ferme auprès de mes camarades qui n’étaient pas mes camarades, je préférais, chaque midi, aider le Frère lettré à classer les livres que les rares lecteurs venaient rapporter. Je n’avais pas quinze ans et, si l’école ne m’amusait guère, j’endossais le costume de l’aspirant bibliothécaire avec conscience et curiosités. C’est cette année-là que je découvris Les Évangiles du Diable, L’Invitation au château de l’étrange et Delphine ou la nuit des halles. Dès les premières lectures, je me fis un véritable compagnon. Seignolle avait le don d’attraper l’adolescent que j’étais par le bras et de ne plus le lâcher.

 

Spectres, apparitions, dames blanches, présences sournoises ou maléfiques s’animaient avec vigueur sous la plume du raconteur d’histoires. a fil des pages, il était question de conversations avec l’au-delà, de maisons maudites, de présences inexpliquées, de nuits pas à pas et fantastiques que l’ami nouveau écrivait à bras le corps, à bras le cœur. Il n’affirmait rien et cette absence d’explications renforçait encore la fascination liée à découverte. Même si je devais quitter l’école de bonne heure, je ne devais jamais quitter Claude Seignolle.

 

Plus tard, alors que je vivais à Paris sans domicile établi, et trouvais refuge dans les musées et les bibliothèques – publiques cette fois –, je rencontrai Claude Seignolle, une nuit d’hiver, dans une ruelle proche du parc Montsouris. L’écrivain se promenait avec Gérard de Nerval, le poète famélique. Les deux compères marchaient bras dessus, bras dessous en bavardant, alors que Nerval avait mis fin à ses jours en 1855, non loin de la tour Saint-Jacques. Je les vis aussi clairement que vous me lisez. Je ne fis évidemment rien pour troubler cette rencontre ni percer ce mystère. Cette absence d’explications ne me troubla guère, l’un comme l’autre étant capables de confondre les époques et de s’amuser de nos certitudes. J’ai toujours, et malgré moi, fréquenté les sentiers où se cache l’inexpliqué.

 

Les années passèrent encore, et j’avais quitté Paris. Je traversais les Cévennes à pied, j’y reviendrai, sur les traces de Robert Louis Stevenson afin d’écrire un livre, et c’est dans le Gévaudan sauvage, un soir d’automne et de brume, que je revis Claude Seignolle, arpentant la montagne. Cette fois, point de poète à ses côtés. Personne. Seulement, dans le lointain, la nuit qui descendait et « ressemblait à un cri de loup ». C’était bien lui, au cœur de mon histoire. Et il parlait à haute voix. Je m’approchai, mais le vieil homme avait disparu. Une fois encore, cette absence d’explications ne me troubla guère. En revanche, je restai coi en apprenant à mon retour que, presque cinquante ans avant moi, Claude Seignolle, le « traceur de mémoires », avait lui aussi traversé le Languedoc des Cévennes à la mer, afin de retrouver les pas d’un certain Robert Louis Stevenson. Inutile d’inventer, il suffit de ramasser les bouts d’histoires tombées sur le chemin.

 

« Pas d’autres littératures que celle qui naît de faits à l’état brut »

 

Après la parution du livre qui relatait mon voyage dans les Cévennes, je reçus par la poste Promenade à travers les traditions populaires languedocienne de Claude Seignolle. En ouvrant l’ouvrage épais, une longue lettre manuscrite, écrite à même le livre m’attendait :

 

Cher Éric Poindron, poète et voyageur frère aux découvertes insolites, aux amis multiples que je redécouvre dans ton votre excellent ouvrage Belles étoiles que l’ami Jacques Baudou a eu la bonne idée de nous faire savoir dans Le Monde et sur lequel je me suis précipité. Apprenez que le nom seul de Stevenson me ferait dévorer le papier sur lequel on le republie. Vous avez fait le pèlerinage en un éclectique ouvrage, acceptez que le « beau (?) vieillard » rencontré sur une route de Lozère vous offre le produit de sa quête auprès des esprits anciens rencontrés, avec tout autant de fascination que vous.

Le livre est ici dans son jus : pas d’autres littératures que celle qui naît de faits à l’état brut. En mon temps, personne ne se souvenait de Robert Louis Stevenson, et pourtant, tous en étaient plus ou moins contemporains. Mais j’ai vu « d’en-dedans » ce que lui a vu « d’en-dehors », et à ce titre, mon affection pour l’homme et l’écrivain francophone s’amplifie de reconnaissance.

Vous avez une chaude et féconde plume et des amis de tous les temps ; les vôtres sont en partie les miens que j’ai souvent honorés de livre-frère ; Nerval dans La Nuit des halles, ainsi que Restif de La Bretonne, mon pote, aux témoignages gonflés de ses propres fantasmes. Tous ceux que vous dites : nos frères, c’est-à-dire nous. Et je vous salue bien fort avec mes compliments sincères.

 

Claude Seignolle

 

Voilà comment nous devînmes amis. Au fil des ans, Claude m’a envoyé de nombreux livres – dans lesquels il glisse chaque fois des reliques, des articles découpés, des images, des photographies et des mots amicaux – et je ne peux compter les nombreuses heures passées au téléphone à écouter ses anecdotes fécondes et sa verve vivifiante.

 

Claude Seignolle en Casanova, collection particulière de l’auteur

 

 

Je me souviens des mots que Jacques Bergier avait écrits à sa belle intention : « Peu de gens malheureusement se donnent la peine de recueillir et de noter le folklore de nos campagnes et de nos villes. Claude Seignolle s’y acharne, et j’attache une grande importance à ses travaux. Il ne prétend émettre aucune théorie et il a raison. » Et le magicien Bergier d’ajouter : « Claude Seignolle décrit des événements non pas des expériences ; cela ne l’empêche pas d’être passionnant au point de vue scientifique. Et le fait d’être intéressant au point de vue scientifique ne l’empêche pas d’être passionnant. »

 

Avec l’ami Claude, nous avons continué à converser, à collecter et à fréquenter ce lien de confidence, dont il faudra toujours être en quête de l’adresse et qu’il a baptisé « Au château de l’étrange ». C’est un lieu-dit et improbable comme un Argol, à l’intention de quelques fous, de quelques mordus par les cauchemars qui sont les bas et fins fonds de notre « imaginaire-vrai. »

 

Ami lecteur, si tu veux chercher avec nous, prends la route et fais silence à défaut de vœux. Rendez-vous en l’étrange château. Et ne sois pas troublé par l’absence d’explications. Contente-toi de vous t’égarer et de jubiler devant le grand spectacle de l’inexpliqué.
 

 

Oui, toujours voyager dans les nuits inconnues et constellées pour mieux vérifier puis édifier ses rêves.

« Mais pour nous, poètes, est-il une limite, visible entre le vrai et l’imaginaire et ne souffrons-nous pas de nos rêves comme s’ils étaient réalité ? », n’est-ce pas Claude ?

 

Quelques livres à découvrir 

 

Ils sont nombreux. Les loups verts où Seignolle mélange avec effroi sa propre histoire et la barbarie nazie, faisant des SS des loups-garous, est un très grand livre dérangeant. La Gueule, qui raconte en partie sa captivité dans l’Allemagne nazie est aussi un livre majeur. L’auteur écrit comme on martèle et se dévoile. Ici, la peur, la folie et la faim prennent des allures de danse macabre. Son œuvre érotique, quoique peu importante est aussi magistrale. Je pense bien sûr à L’éloge de la nymphomanie, un livre exalté qui célèbre le sexe et le corps, longtemps interdit et qui aurait mérité de faire partie de « L’enfer de la Bibliothèque Nationale » aux côtés des très grands textes licencieux.

Les Evangiles du diable est un livre considérable qui n’a jamais de fin, à la manière des Mille et une nuits. Claude Seignolle se fait collecteur, chercheur d’or(s), ethnographe et conteur de tout premier ordre. C’est un peu son « grand œuvre », au sens où l’entende les compagnons. On pourrait presque croire que c’est le livre d’une vie, et pourtant, l’œuvre de Seignolle est si vaste que l’on pourrait croire qu’il possède plusieurs vies. Ou que le diable est allé à confesse et lui a prêté main forte.

 

Enfin, il est impossible de ne pas évoquer, et même saluer, La Nuit des halles qui est un livre enivrant, fascinant. C’est pour moi le chef d’œuvre de Claude Seignolle. Ici, l’écrivain est tout entier et magicien. Il se fait piéton d’un Paris disparu et passe-muraille. Il joue avec les époques, convoque Villon, Gérard de Nerval, Restif de la Bretonne et tous les fantômes considérables d’un Paris qu’il réinvente pour mieux lui rendre hommage. Ouvrez-le livre à n’importe quelle page, commencez la lecture et vous passerez de l’autre côté du miroir. C’est un texte fascinant que l’on peut relire et relire.

 

Chaque fois, on y déniche une nouvelle pépite. Ici, point de ville Lumière mais au contraire une ville sombre et sépulcrale, celle des halles de naguère et de l’église Saint-Merri, de la tour Saint-Jacques ou de l’île Saint-Louis. À la fois déambulation, confession, nouvelles, histoire insolite d’un Paris « alchimiste », La Nuit des halles, est l’enfant réussi de la poésie urbaine et du fantastique. La bibliothèque de « l’honnête homme » est incomplète si ce très grand livre en est absent.

 

Claude Seignolle en un seul titre 

 

Autrefois paru sous le titre Invitation au château de l’étrange, cet ouvrage de Claude Seignolle paraît dans une nouvelle version revue et corrigée. 

 

Au château de l’étrange, Claude Seignolle, préface de Éric Poindron, Le Castor Astral, collection « Curiosa & caetera »

 

 

 Ce n’est pas moi qui ai choisi de rééditer ce livre, c’est Claude qui me l’a proposé et, bien évidemment, j’ai dit oui sans réfléchir puisque ce texte fait partie de mes lectures favorites. C’est un livre unique en son genre et unique dans l’œuvre Claude, mélangeant avec astuce des faits presque cliniques et un climat romanesque. Nous ne sommes pas très loin du « réalisme fantastique », cher à Bergier et Pauwels, mais aussi d’écrivains comme Maurice Renard ou l’immense André Hardellet qui était un ami de Claude. 

Véritable livre culte, cet « étrange objet » (épuisé et recherché par les amateurs de peurs insolites et de fantastique urbain) s’adresse à tous ceux que fascinent les aventures inexpliquées, et peut donner de l’imagination au lecteur, comme cette histoire de carrosse volant qui s’enfonce dans les bois où s’élevait jadis un château. J’avoue avoir aussi un faible pour une histoire absurde et cruelle où un vieil érudit démonologue vend sa bibliothèque ésotérique. Tout cela se terminera fort mal. Oui, ce château et bien étrange et il faut un certain courage pour s’approcher des fossés à travers les ronces hargneuses…

 

Spectres, apparitions, dames blanches, présences sournoises ou maléfiques, envoûtements et conversations avec l’au-delà, sont quelques-uns des thèmes effrayants abordés. Pourtant, ici, point de fiction ni de sensationnalisme convenu. Claude Seignolle se contente seulement de recueillir des témoignages qu’il met en scène jusqu’à la grande peur finale. « Scribe des miracles et des peurs ancestrales », il archive, éclaire, recense, sans jamais juger. Le résultat est fascinant, obsédant, dérangeant.

Au château de l’étrange est un livre unique et inclassable, ce qui peut explique la fascination qu’il exerce sur le lecteur. C’est un mélange savant et réussi de traditions ancestrales, de nouvelles fantastiques et d’écriture romanesque. L’écrivain propose et le lecteur dispose. Les lecteurs incrédules pourraient se mettre à douter et les autres s’égareront avec délice dans les chemins où rôdent la peur et les mystères.

 

Et s’il existait « autre chose » à côtes de nos certitudes ? En chasseur de fantômes avant l’heure, Claude Seignolle nous invite au cœur des mystères : lieux étranges et maudits, voyage dans le temps, prémonitions, présences invisibles, personnages insolites et monstrueux, magie et sorcellerie. Oui, la peur rôde au cœur de ces pages… Voilà le lecteur prévenu.
 

Éric Poindron est éditeur – aux éditions Le Castor Astral où il dirige la collection « Curiosa & cætera » –, écrivain (Actes Sud, Flammarion, L’Épure, Les éditions du Coq à l’Âne, Les venterniers), piéton, animateur d’ateliers d’écriture, critique et cryptobibliopathonomade. Il s’intéresse à la petite histoire de la littérature et à ses excentricités : auteurs mineurs, petits éditeurs, bibliophilie, fous littéraires, sciences inexactes ou para-littérature. 

Son dernier livre, Nuit(s), Folie, Fantômes (éditions Les Venterniers — nous emmènent justement sur ses chemins où rôdent l’inexpliqué.

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