A Avignon, Julie Bertin et Jade Herbulot refont l’Europe

Par Joelle Gayot dans Télérama : 

 

Avec “Memories of Sarajevo” et “Dans les ruines d’Athènes”, les jeunes metteuses en scène proposent deux pièces à haute teneur politique, des fictions quasi documentaires…

 

Elles sont de la génération Erasmus. Elles payent leurs billets d’avion en euros et sillonnent l’Europe sans avoir à montrer leurs passeports. Julie Bertin et Jade Herbulot n’ont pas quitté les murs du Conservatoire national supérieur d’art dramatique où elles étaient élèves, il y a encore quatre ans, pour s’enfermer dans l’exiguïté d’un théâtre uniquement préoccupé de lui-même. Cette Europe qui les a vues naître à la fin des années 1980, elles en font le sujet principal de deux représentations à haute teneur politique, proposées cet été au Festival d’Avignon. Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes concluent une tétralogie démarrée par un atelier de fin de cursus sur le mur de Berlin (Berliner Mauer), suivi, dans la foulée, d’un spectacle sur le passage à l’an 2000 

 

(Pour un prélude).
Pour ces jeunes metteuses en scène structurées en compagnie sous le nom de Birgit Ensemble, pas question de laisser passer le train d’une époque qui déraille de l’utopie démocratique vers l’économie libérale. « Nous étions en colère vis-à-vis des générations précédentes qui faisaient peser la crise sur nos épaules. Crise des valeurs et des identités, crise morale, politique et économique. Nous en avions assez d’entendre dire que notre génération est dépolitisée, indifférente au cours du monde. Nous voulions tenir un discours optimiste, nous projeter dans l’avenir, affirmer que des choses sont encore. Nous voulions nous émanciper du poids trop lourd qui pèse sur nous », expliquent-elles d’une même voix. Etrange et fascinante, cette complicité qui soude les deux partenaires. Quand l’une commence une phrase, l’autre la termine. Elles puisent dans l’amitié une assurance qui leur permet toutes les audaces.

 

“Nous voulons amener le spectateur à des prises de position”
Comme, par exemple, celle d’inciter le public à prendre parti devant ce qu’il voit et entend. Dans Les ruines d’Athènes, il est même encouragé à voter le maintien ou la sortie de candidats à un reality show. Julie et Jade appliquent au théâtre une méthode participative qui fait écho à leur engagement d’artistes citoyennes : « Nous ne cherchons pas le consensus, nous avons un point de vue et nous souhaitons qu’il soit perçu. Nous voulons responsabiliser le spectateur, l’amener, sans agressivité, à des prises de position. Nous ne donnons pas de leçons, nous ne sommes pas moralisatrices, mais nous nous insurgeons contre la vérité prétendument objective de l’histoire, telle qu’on nous la raconte en permanence. D’autres versions existent. Le spectateur doit pouvoir les apprendre, les comprendre et commenter le contenu que nous lui délivrons, quitte à manifester son désaccord. »

Le contenu, justement, consiste en l’écriture conjointement menée de fictions inspirées d’un matériau quasi documentaire. Memories of Sarajevo déplace le curseur jusqu’en février 1992, date de la signature des accords de Maastricht. L’Hymne à la joie retentit dans la salle de théâtre et les acteurs, grimés en chefs d’Etat, boivent le champagne. Deux mois plus tard, la Bosnie sombre dans un conflit ravageur sans qu’aucun leader européen puisse rien y faire. Le spectacle refait pas à pas le parcours d’une coalition impuissante à négocier la paix tandis qu’à Sarajevo les habitants meurent sous les tirs des snipers. Du côté d’Athènes, par contre, l’histoire « vraie » s’est écrite à coups de décisions brutales qui, depuis Bruxelles où elles étaient assénées, ont tranché dans le vif, infligeant à la Grèce une violente cure d’austérité. L’Europe a su, cette fois, se faire réactive, efficace et même impitoyable. Julie Bertin et Jade Herbulot ont fait le voyage dans les deux capitales. Elles en sont revenues animées du désir de substituer aux discours dominants leurs propres lectures : « Le projet des fondateurs de l’Europe était philosophique. Il impliquait une solidarité entre les Etats membres. Mais il n’est, en réalité, qu’un projet économique. La Grèce en a fait les frais. Maastricht, qui promettait une politique étrangère de sécurité commune, n’a jamais pu agir en ce sens. Sarajevo a payé pour cela. Comme Antigone, nous avons décidé d’enquêter sur cette Union européenne si décevante. Nous sommes allées nous confronter aux faits pour étayer notre propos. »
“Satires politiques”

Dans les ruines d’Athènes en appelle aux héros antiques. Le spectacle est conçu comme une tragédie avec prologue, épisodes et stasimons, ces séquences ritualisées au cours desquelles le choeur prend la parole pour commenter l’action. Dans les rôles phares : Iphigénie, Médée, Cassandre ou bien encore Ulysse. Tous participent au « Parthénon Story », un jeu télévisuel dont les metteuses en scène ont fait la métaphore de ce système néolibéral auquel les peuples sont soumis. Les candidats finiront par se rebeller et prendre le pouvoir. « Contrairement à ce qu’on nous assène, il n’y a pas d’immuabilité absolue. On peut changer la donne. Pour nous libérer de façons de penser héritées de ce qui s’est passé avant, et qui nous est raconté sous l’apparence de la neutralité, nous devons comprendre ce qui nous a précédé. Nous nous élevons contre une mémoire panthéonisante qui induit une interprétation unique de l’histoire. » Julie Bertin et Jade Herbulot disent concevoir des « satires politiques ». C’est plus que ça. En décortiquant l’histoire, en prenant le temps d’exposer les enjeux cachés qui sous-tendent des décisions prises au plus haut niveau, elles rectifient des vérités qui arrangent une poignée d’individus au détriment de millions d’autres. Sur le plateau où s’active leur tribu de comédiens, une actrice s’avance. Elle porte une couronne de fleur et est vêtue de bleu. Elle chante. Sa voix est bouleversante. C’est la princesse Europe, ressuscitée sur la scène d’un théâtre jeune, ardent et militant, qui plaide sa cause avec passion.

 

 

Memories of Sarajevo, conception et mise en scène du Birgit Ensemble, du 9 au 15 juillet à 17h, relâche le 12, gymnase Paul-Giéra (2h20). 

 

 Dans les ruines d’Athènes, conception et mise en scène du Birgit Ensemble, du 9 au 15 juillet à 20h30, relâche le 12, gymnase Paul-Giéra (2h20).

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40 compagnies du Val-de-Marne à Avignon pour le Off 2017 | 94 Citoyens

Pas moins d’une quarantaine compagnies val-de-marnaises ont fait leurs bagages pour le festival d’Avignon ce mois de juillet, y donnant une cinquantaine de spectacles sur le millier proposé par le Off 2017. Coup d’oeil. A Villeneuve-Saint-Georges, Caravane, en résidence au Sud Est Théâtre, débarque avec trois spectacles. La compagnie, qui justifie ses choix non pas par une ligne bien tracée mais par ses coups de coeur, donne à voir un classique, la nouvelle Rhinocéros de Ionesco, une réinterprétation du film de Capra, La vie est belle, et Quand je serai grande, l’histoire de quatre femmes de génération différente interprétées par la même comédienne Catherine Hauseux.

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Avignon, capitale de l’Afrique avec la Fondation Blachère et le Festival – Mowwgli

Le Palais des Papes, le musée Calvet, le musée Lapidaire et le musée du Petit Palais accueillent pour la première fois des œuvres majeures de la collection constituée par Jean-Paul Blachère.

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Crée en 2004, la Fondation Jean-Paul Blachère présente pour la toute première fois à Avignon quelques unes de ses nombreuses oeuvres sur l’Art Contemporain Africain. Mis à l’honneur cette année par Olivier PY pour ce cru 2017 du Festival d’Avignon, ce sont pas moins de huit pays de l’Afrique subsaharienne qui seront présents parmi les 34 créations.

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Grignan accueil dès ce soir deux Bohringer pour le Festival de la Correspondance du 4 au 8 juillet. Richard et sa fille Romane vous feront découvrir les lettres de Jack London, auteur notamment de Croc-Blanc dans le cadre magnifique du Chateau de Sévigné. Un petit bijou à ne surtout pas manquer !